Congrès des urgentistes, 06 juin 2019

SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Madame la Présidente, Chère Agnès RICARD-HIBON,
Messieurs les Présidents, Chers Pierre CARLI et François BRAUN,
Mesdames, Messieurs les médecins, chers confrères,
Mesdames, Messieurs les professionnels de santé,
Mesdames, Messieurs les élus, Cher Thomas Mesnier,
Mesdames, Messieurs,

Vous avez parlé de manière franche et directe et je vais donc poursuivre.

Il y a deux ans, le 31 mai 2017, j’étais déjà devant vous, tout juste nommée ministre des solidarités et de la santé. Je m’étais engagée lors de ce premier déplacement à « des échanges réguliers, efficaces et utiles ».

Réguliers, nos échanges le sont, toute l’année, bien au-delà de la préparation chaque été et chaque hiver des épidémies saisonnières.

Utiles, nos échanges le sont aussi, j’en suis convaincue, parce que les urgences sont probablement la facette la plus visible d’un système de santé auquel je souhaite redonner du souffle.

Efficaces, nos échanges doivent l’être, et il est évident que nous l’espérons tous, même si seul le temps long permet d’apprécier avec robustesse les effets d’une volonté politique. Mais des effets de court terme sont également nécessaires.

Je retournerai tout à l’heure au Sénat, pour poursuivre les débats sur le projet de loi. J’y étais hier jusque tard dans la nuit ; j’y retournerai juste après vous avoir quittés. Mais je tenais à être parmi, surtout vous aujourd’hui.

Avant toute chose, j’aimerais vous faire part de mon état d’esprit, parce que j’entends votre colère et à l’évidence je la comprends.

Aujourd’hui, alors que les contraintes démographiques et les défis sont plus présents que jamais, je veux permettre à notre système de santé de tenir ses promesses, non pas avec des « y a qu’à/faut qu’on », mais avec méthode, avec détermination et dans le dialogue.

Je ne suis pas là pour vous appeler à l’abnégation. Dans la continuité des actions que j’ai déjà portées, je voudrais aller plus loin et je vais vous le montrer, sans faux-semblant.
Mais je souhaite avant tout rappeler que l’ensemble des parties prenantes approuve désormais les bases d’un système de santé remis à l’endroit, avec une responsabilité de territoire assurée par les professionnels de ville, une refonte complète de la formation initiale des médecins, une feuille de route crédible sur la santé numérique et un véritable infléchissement de la campagne budgétaire et tarifaire.

J’ai ainsi annoncé la première hausse des tarifs hospitaliers depuis 10 ans.

C’est clairement un signal que j’ai voulu envoyer à vous soignants, dans vos établissements, en reconnaissance de votre engagement au quotidien et à venir dans la transformation du système de santé. Je veux que cette augmentation des financements soit visible dans les services d’urgence.

Je sais comme vous que mon plan de transformation Ma santé 2022 ne va pas régler du jour au lendemain les difficultés de notre système de santé, notamment celles liées à la démographie médicale que nous subissons.

Mais j’ai la conviction que cette stratégie, autant que le projet de loi que je défends, sont des vecteurs de changements, de changements profonds, de changements indispensables et d’améliorations en termes d’accès aux soins.

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Ces chantiers, nombreux, difficiles, je les ai toujours ouverts et menés dans le dialogue, avec la volonté de construire ensemble. Et je connais les attentes des citoyens comme des professionnels.

Je veux d’ailleurs remercier publiquement vos représentants de ce travail constructif et du sens des responsabilités dont ils ont toujours fait preuve.

Si nos échanges sont exigeants, parfois vifs, les propositions qui en découlent vont toujours dans le sens de l’amélioration de la qualité des soins et des conditions de travail des soignants.

Les urgences sont en détresse, je le sais.

Ces difficultés, je ne les regarde pas avec une distance froide de gestionnaire.

Ces difficultés, elles suscitent à juste titre l’indignation de nos concitoyens, parce qu’ils connaissent votre engagement.

Aux urgences, plus qu’ailleurs, les professionnels sont soumis à une pression très forte.

C’est vrai dans les petits établissements, avec les difficultés à remplir les lignes de garde, comme dans les grands établissements, où le poids de l’activité met les services en tension. C’est vrai au quotidien et ça l’est encore plus durant certaines périodes de l’année.

Il y a bien sûr une forme de pression intrinsèque à vos activités, spécifique à l’urgence. Il faut en avoir conscience et la prendre en compte, mais elle n’explique pas tout.

Plusieurs éléments pèsent sur le fonctionnement des activités d’urgence :
• Je pense évidemment à l’augmentation exponentielle du nombre de passages dans vos services. De 10 millions en 1996, le nombre d’admissions aux urgences a atteint 21 millions en 2016. En 20 ans, nous sommes passés du simple au double.
• Les raisons de cette augmentation ne sont pas forcément les mêmes d’un territoire à l’autre. Mais il est évident que l’une des explications réside dans l’organisation de l’offre de soins en amont, et notamment dans la manière dont nous organisons les parcours des patients entre la ville et l’hôpital.
• Faute de médecins près de chez eux, nos concitoyens ont pris le réflexe de se tourner vers les urgences, pour des situations qui ne le justifient pas.
• Enfin, la démographie médicale qui touche la ville comme l’hôpital constitue une autre explication des tensions observées. Il est trop souvent difficile de remplir les lignes de gardes et ces difficultés augmentent en période estivale.
Les réorganisations profondes que porte Ma Santé 2022 sont plus que jamais nécessaires.

Mais face à la détresse que vivent beaucoup de services d’urgence, il faut répondre à des enjeux immédiats, qui représentent autant d’impatiences légitimes.

N’ayons pas peur des mots : le quotidien est devenu insupportable pour beaucoup d’entre vous.

Je ne veux plus de voir des services d’urgences vétustes et je le dis de la manière la plus claire qui soit : il n’est plus admissible d’être en retard dans les travaux de rénovation des urgences.

Il en va évidemment de la qualité de l’accueil des patients, mais aussi de vos conditions de travail, et il n’est pas acceptable dans un pays comme la France, de voir des services d’urgence qui renvoient à des standards dépassés. L’image de services avec des peintures défraichies ou en lambeaux, je n’en veux plus.

Cette mesure est peut-être symbolique mais elle n’a rien de cosmétique : travailler dans des locaux modernes et propres, c’est bien la moindre des choses. De nouvelles instructions en ce sens seront données aux Agences régionales de santé.

Mon rôle de ministre, c’est aussi d’anticiper et de prévoir l’avenir de votre spécialité. Je souhaite que nous définissions une stratégie d’ensemble pour les urgences.

Et quand je parle de stratégie d’ensemble, je pense à de nouvelles fondations, stables, solides et durables.

Certains se souviennent évidemment dans cette salle du rapport Steg de 1993, qui posait les bases de la médicalisation des services d’urgences.

Le rapport Steg fait partie de ces grands moments fondateurs de l’histoire des politiques publiques en santé. Un quart de siècle plus tard, nous devons faire ce même effort, et identifier de nouveaux moyens pour adapter nos urgences aux nouveaux besoins de santé.

C’est pourquoi j’ai décidé de confier une mission nationale au Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et au député Thomas MESNIER, auteur d’un rapport sur la prise en charge des soins non programmés. Je connais bien votre volonté, Cher Thomas MESNIER, d’assumer un regard complet sur les urgences, y compris leur amont et leur aval.

Pierre CARLI et Thomas MESNIER auront la charge de piloter ces travaux, dans le cadre du CNUH, en concertation avec l’ensemble des professionnels. Une représentation des professionnels paramédicaux sera partie prenante de cette réflexion.

Cette mission nationale, je vous demande solennellement de la mener sans tabous, sans réticences et sans fausses pudeurs.

Toutes les hypothèses doivent être étudiées, toutes les parties prenantes devront être entendues, et toutes les conséquences devront être tirées, y compris sur les modes de financement.

C’est avec cet état d’esprit déterminé et constructif que nous verrons d’où nous partons et où nous voulons aller.

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Vous le savez, j’ai fait le choix d’une vision globale du système de soins, parce que nous ne pouvons plus nous laisser enfermer dans une logique sectorielle ou catégorielle.

Si cette vision est globale, elle est donc exigeante, parce qu’il est plus difficile de repenser un système dans son ensemble pour le sortir de l’impasse, que de s’adresser à un secteur pour apaiser momentanément ses inquiétudes, sans lui apporter de solutions cohérentes et durables.
Si je n’ai pas fait le choix d’une approche sectorielle, les urgences en tant que telles doivent à nouveau pouvoir respirer.

Je souhaite donc que l’on accompagne sur un plan financier, plus directement et plus spontanément, les établissements qui font face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels.

Sans attendre, chaque ARS devra apporter son soutien aux hôpitaux qui traversent des épisodes de tension. Il faut leur donner les moyens, sans délai, de rétablir des conditions de travail décentes pour les équipes.

Prime sécurité
Aujourd’hui, certains professionnels demandent une meilleure reconnaissance de leur exposition à des conditions de travail difficiles, voire dans certains cas à des agressions verbales et même physiques.

Je veux leur dire tout d’abord mon soutien et mon indignation de voir parfois les urgences, ces lieux où chacun est accueilli et soigné à toute heure du jour et de la nuit, devenir le théâtre de violences inacceptables, qu’aucune impatience ne saurait justifier.

Mais je sais que cette reconnaissance passe aussi par la mobilisation de tous les leviers à disposition des employeurs que sont les hôpitaux.

Une prime modulable existe dans la fonction publique hospitalière pour reconnaître l’exposition des soignants à ce type de risque : il se trouve que cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, et que des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues.

Des contacts seront pris avec les représentants des employeurs et les conférences hospitalières, pour les sensibiliser à cette prime et à la nécessité qu’elle soit mobilisée partout où cela est justifié.

C’est un engagement moral indispensable vis-à-vis de ceux qui nous soignent en assumant cette part de risque.

Protocoles de coopération

Vous savez que la loi santé que je porte vise à dynamiser considérablement le développement des protocoles de coopération, par lesquels les médecins peuvent déléguer aux paramédicaux de leurs équipes des tâches qui leur étaient jusque-là réservées.

Mon intention est que chaque soignant ainsi délégué touche, très rapidement, une nouvelle prime, la prime de coopération.

Je vous invite donc à vous saisir de cette opportunité nouvelle, à la fois porteuse de solutions de fond pour fluidifier les prises en charge et formidable occasion de reconnaître tous les talents d’une équipe.

Trop peu de projets de protocoles de coopération nationaux sont aujourd’hui portés dans le cadre de l’urgence ; il faut accélérer ce mouvement, dans l’intérêt de tous. Je vous invite à vous y engager.

Régulation des appels santé urgents

En ce qui concerne la régulation des appels d’urgence, je connais l’inquiétude qui gagne certains d’entre vous.

Je veux vous rassurer très clairement sur ce point : comme ministre de la Santé, je crois fermement à un principe simple : celui qu’un appel médical urgent appelle une réponse médicale. Un point c’est tout.

Je suis prête à mener toutes les expérimentations et à porter tous les projets qui pourraient améliorer l’efficacité de cette réponse, en mutualisant certains process avec d’autres types d’appels urgents.

Mais vous pouvez compter sur ma vigilance pour garantir la spécificité de la réponse aux appels santé, gage d’une organisation cohérente et efficace de notre système de santé pris dans son ensemble.

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D’autres mesures importantes ont été prises sur la base des propositions de vos organisations.

C’est le cas des propositions du CNUH, qui s’est vu confier une mission sur l’orientation des patients depuis les urgences. Je salue et remercie le Professeur Pierre CARLI pour ce travail fructueux.

Il en a notamment résulté des outils, pour une meilleure anticipation de l’activité et une facilitation des admissions, le tout grâce à une organisation plus cohérente de l’offre hospitalière de proximité.

Le Plan d’amélioration de la qualité dans les SAMU n’est pas non plus sorti de nulle part : il s’inspire très largement des propositions que vous aviez formulées.

Il est ainsi prévu d’intégrer les SAMU dans la certification des établissements de santé et de créer un diplôme national obligatoire pour les assistants de régulation médicale. Un nouveau métier est ainsi créé et reconnu. Et je vous le dis comme je le pense, nous avons fait œuvre utile !

Par ailleurs, nous formons des médecins urgentistes supplémentaires : un diplôme de Médecine d’Urgence a été mis en place avec la réforme du 3ème cycle à la rentrée universitaire 2017. Les 461 postes mis au choix en 2017 ont été pourvus. D’ici un an et demi, ces professionnels seront formés et arriveront pour soutenir les services d’urgences.

Vous le voyez, de nombreux projets sont sur la table et nous avons pris des mesures fortes pour améliorer la situation. J’ai conscience que plusieurs de ces mesures produiront leurs effets à moyen terme.
Mais l’été approche, avec son lot de risques et de difficultés pour vos services.

J’ai donc demandé à mes services et à chaque Agence régionale de santé d’être pleinement mobilisés, pour anticiper au mieux les tensions. Je rencontrerai vos représentants dans les prochains jours, pour reproduire ce que nous avons mis en place l’année dernière à l’approche de l’été.

Mesdames et Messieurs,

Je suis venue devant vous bien consciente de vos attentes, de vos inquiétudes et parfois même de votre colère. Ces attentes, ces inquiétudes et cette colère, elles sont à la hauteur de l’engagement qui est le vôtre au quotidien et qui force l’admiration de tous, qui force mon admiration.

Notre exigence commune est d’autant plus forte que le modèle français reste une référence pour la prise en charge de l’urgence. La dimension européenne et internationale de votre congrès vient d’ailleurs l’attester.

Les débats récents ont montré toute l’importance pour nos concitoyens d’avoir accès à des soins hospitaliers de qualité et de proximité. Ces attentes, elles sont évidemment exacerbées lorsque nous parlons de l’urgence.

Notre responsabilité est grande pour pérenniser notre modèle et le conforter dans une logique de solidarité territoriale. Ces évolutions, nous ne pourrons les mener qu’à la condition de vous soutenir et de garder votre confiance. Cette confiance, je sais qu’elle ne se décrète jamais, mais qu’elle se gagne par des actes.

Je sais aussi ce que notre pays doit aux hospitaliers et aux professionnels des urgences hospitalières, parce que je connais leur engagement et la difficulté de leurs métiers.

Construisons ensemble notre nouvelle feuille de route.

Je vous donne rendez-vous dans les prochaines semaines pour faire avancer tous nos engagements. Je suis à vos côtés, n’en doutez jamais.

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