4èmes Rencontres scientifiques de la CNSA "Autonomie et Qualité de vie : entre pratiques et aspirations" - Lundi 12 décembre 2016

Seul le prononcé fait foi

Madame la Présidente du Conseil de la CNSA, chère Paulette Guinchard (sous réserve)
Madame la Directrice de la CNSA, chère Geneviève Gueydan,
Madame la Présidente du Conseil scientifique de la CNSA (Marie-Eve Joël),
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie pour cette invitation à ouvrir vos 4èmes rencontres scientifiques. Vous avez choisi le thème, complexe mais passionnant de l’autonomie et de la qualité de vie. En vous questionnant sur les passerelles ou les difficultés entre pratiques et aspirations.

Je tenais d’emblée à vous dire que les questions que vous posez, durant ces deux jours, sont essentielles. Car, nous en sommes toutes et tous conscients, la subjectivité des comportements peut entrer en contradiction avec la pratique, surtout lorsque celle-ci ne fait pas preuve d’imagination et d’adaptation.

Accompagner et protéger les personnes les plus faibles dans notre société, en accord avec leur besoin et leur envie, demande d’être, pour les professionnels, non seulement à l’écoute, mais aussi de se remettre en question, tout en avançant avec certitude. Autant dire être sur un fil, constamment !

C’est la raison pour laquelle donner la parole à différents chercheurs, français et étrangers est une très bonne idée.

C’est la raison pour laquelle la CNSA conduit une politique de soutien financier à la recherche et aux actions innovantes, afin d’améliorer et de développer des solutions d’accompagnement, apportées aux personnes en perte d’autonomie.

Car, nous en sommes convaincus, et c’est le point de départ de nos réflexions, concernant la loi d’adaptation de la société au vieillissement, il n’existe pas une et une seule population de personnes âgées, pas plus qu’il n’existe une population homogène de personnes fragiles et toutes avec une pensée bien établie. Ces fragilités dépendent de tellement de critères, mais aussi de tellement de facteurs de vie personnels, qu’apporter des réponses globales et homogènes peut paraître, d’une certaine manière, insuffisant et inadapté. Pour autant, nous avons chacune et chacun un rôle à jouer, dans une forme de complémentarité.

En tant que Secrétaire d’Etat aux personnes âgées, mon rôle est de donner des cadres et de faire avancer des réflexions, pour aboutir à des décisions et des lois qui prennent en compte la perte d’autonomie, tentent de la repousser autant que faire se peut, et d’entourer, humainement et professionnellement celles et ceux qui en ont besoin.

Le rôle du politique est bel et bien de partir des réalités de nos concitoyennes et de nos concitoyens, pour répondre, de la manière la plus pertinente et la efficiente à ces défis. Et d’anticiper les nouvelles questions à venir.

Mais apporter des réponses globales n’empêche pas pour autant de tenir compte d’un certain nombre de spécificités. C’est la raison pour laquelle la loi d’adaptation de la société au vieillissement a été co-construite avec l’ensemble des personnes concernées, l’ensemble des acteurs du vieillissement.

Cette co-construction nous a permis d’innover, notamment en termes de nouveaux droits et de liberté individuelle. Et de rompre avec une vision encore trop présente consistant à penser que l’avancée en âge, et la perte d’autonomie égalait à une régression infantile permettant ainsi toutes les restrictions et imposant une conduite avant tout collective pouvant niée le choix de vie individuelle des personnes. Soit, une mise sous tutelle d’office, sans passer par la case justice.

Faire l’équilibre entre la liberté individuelle, le droit d’aller et venir, le droit au plaisir et la protection physique n’est pas simple, j’en conviens. Mais il nous est apparu indispensable de fixer, à travers la loi, les fondamentaux de ces libertés individuelles.

Ainsi, des avancées majeures ont eu lieu, je citerais les principales :
- Préciser et garantir le respect des droits des personnes, tout d’abord. La loi consacre un droit fondamental pour les personnes âgées en perte d’autonomie : celui de bénéficier d’un accompagnement et d’une prise en charge adaptés aux besoins, dans le respect de leur projet de vie. Elle consacre également le droit des aînés et de leurs familles d’être informés, afin de faire des choix en toute connaissance de cause.

- Renforcer la liberté des personnes âgées d’aller et venir, lorsqu’elles sont hébergées en établissement, ensuite. Cette liberté d’aller et venir, a été réaffirmée comme un droit fondamental. L’information et l’encadrement de toutes les adaptations de cette liberté qui seraient nécessaires pour la vie en collectivités ont été améliorées par la loi, qui pose également la règle de la proportionnalité et de la nécessité, au regard de l’état de la personne et des objectifs de prise en charge. Cette liberté, ainsi réaffirmée, devient alors une composante de la protection.

- Protéger les personnes vulnérables, en luttant contre les tentatives de captation d’héritage ou d’abus de faiblesse à travers :
L’interdiction à toute personne intervenant au domicile de bénéficier de dons, legs ou avantages financiers au-delà des cadeaux d’usage ;
L’adaptation des procédures de protection qui permet à une personne de désigner la ou les personnes qu’elle souhaite voir être chargée(s) de veiller sur elle et sur son patrimoine le jour où elle ne sera plus dans la capacité de le faire.
Je dois vous dire qu’il était temps de redonner aux personnes vulnérables et à leurs entourages un droit de regard sur leurs propres parcours, leurs désirs et leurs décisions.

Il était également temps de donner aux professionnels des cadres précis, afin qu’ils soient confortés dans leur travail quotidien. Mais je le dis, une nouvelle fois, adopter des lois n’est pas tout. Car effectivement, sur le terrain, les situations peuvent différer, en fonction des degrés d’autonomie, des formes de prises en charge, ou encore des attentes des personnes concernées.

Nous devons, chacun à notre niveau, prendre nos responsabilités pour que chaque personne avançant en âge trouve une réponse adéquate, quels que soit son autonomie, ses moyens financiers ou sa géographie. C’est le sens de notre mission commune.

Je vous remercie.