Discours de Marisol Touraine - Intervention en séance plénière de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies contre le VIH/SIDA

Jeudi 9 juin 2016

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et messieurs les ministres et les délégués,

Notre ambition est collective et indéfectible : nous voulons mettre fin au Sida. Plus qu’une ambition, c’est un engagement porté dans le cadre de l’agenda mondial pour le développement. L’enjeu qui nous rassemble aujourd’hui, c’est de donner au monde les moyens d’être au rendez-vous de cette promesse.

C’est une véritable bataille que nous menons. Une bataille contre la maladie qui a tué des dizaines de millions de personnes. Une bataille, aussi, contre les discriminations, la spirale dramatique de la marginalisation des personnes exposées et des malades. Une bataille, enfin, contre la tentation de baisser la garde. Car si les efforts des gouvernements, de la société civile, des associations et des professionnels de santé, ont permis de réduire les nouvelles infections de 35% en quinze ans, le VIH reste responsable d’1,2 millions de décès par an dans le monde. Cette bataille, nous devons et nous pouvons la gagner. Pour cela, ma conviction, c’est qu’il nous faut innover.

1. Innover dans notre manière de prévenir la maladie, d’abord.

Cette priorité concerne l’ensemble des pays. En France, où nous faisons le choix de maintenir un système de santé solide et solidaire, nous ciblons par des actions spécifiques les publics qui restent en marge des actions de prévention. Tous les territoires français disposent désormais de structures de prévention et de dépistage. Nous allons vers toutes les populations, même les plus éloignées : après avoir autorisé les associations à réaliser les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) et donné accès aux autotests, j’ai décidé, pour aller plus loin, d’étendre dès demain la prescription, toujours prise en charge à 100% par la solidarité nationale, de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) par le Truvada dans les centres associatifs de proximité. Pour mener ce travail, nous avançons main dans la main avec les associations dont je veux saluer le rôle au quotidien. Aller vers les populations les plus éloignées du système de santé, c’est aussi l’objectif des salles de consommation à moindre risque qui protègent les usagers de drogues.

La prévention, nous la menons dans tous les territoires, à l’égard de toutes les populations, et aussi à tous les âges. Nous avons fait le choix d’autoriser le dépistage des mineurs sans consentement parental. C’est également dans cette logique que je présenterai prochainement une stratégie nationale globale de santé sexuelle pour apprendre aux plus jeunes les gestes qui protègent et pour garantir les droits sexuels et reproductifs.

Cette approche ciblée doit s’appliquer partout dans le monde. C’est un impératif éthique, un impératif de justice, mais aussi un impératif d’efficacité. A cet égard, la France regrette que nous n’ayons pas été en mesure de prendre pleinement en compte les populations clés dans notre déclaration. En revanche, la France salue les stratégies coordonnées d’ONUSIDA, du Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose et de l’Organisation mondiale de la Santé. La France appelle tous les Etats membres à les mettre en œuvre et accompagnera ceux qui s’engageront dans cette voie.

2. La deuxième prioritéc’est d’innover pour mieux traiter le Sida

Notre grand défi est de parvenir à améliorer la couverture antirétrovirale et, enfin, développer un vaccin. Pour cela, il faut renforcer les moyens alloués à la recherche.

La France est pleinement engagée dans cette voie. L’Agence française de recherche sur le Sida et les hépatites virales occupe la 2ème place mondiale en termes de productions scientifiques sur le sida. De nombreuses équipes françaises sont impliquées dans des programmes internationaux, notamment pour développer un vaccin. La Conférence HIV Science que la France accueillera en juillet 2017 aux côté de l’International AIDS Society (IAS), sera une étape importante sur ces sujets.

3. Enfin, la troisième priorité c’est d’innover dans les financements

La France se réjouit qu’à l’échelle planétaire les ressources nationales dédiées à la santé s’accroissent. Sans systèmes de santé solides, sans couverture santé universelle et sans personnels formés, il ne peut y avoir de lutte efficace contre le SIDA. Cet investissement doit être prioritaire au niveau national comme international.

La France est l’un des principaux contributeurs du Fonds mondial et d’UNITAID. Nous entendons évidemment le rester. Nous avons aussi l’ambition de trouver de nouvelles sources de financements. C’est pourquoi le Président de la République François HOLLANDE a proposé la création d’une taxe sur les transactions financières pour participer à cet effort de lutte contre les grandes pandémies.

Mesdames, messieurs,

La lutte contre le Sida est une formidable illustration du pouvoir de la solidarité : d’un mal destructeur, nous avons su faire émerger l’un des mouvements les plus fédérateurs de notre histoire. Le XXe siècle a été celui de la prise de conscience et des premiers traitements. Le XXIe siècle doit être celui de l’éradication du Sida. Notre victoire dépendra de notre volonté politique à agir ensemble, des moyens que nous y consacrerons et de notre détermination à protéger les droits de tous les individus, sans distinction ni jugement.

Je vous remercie.

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