Actions de lutte en bord de cours d’eau

Les bords de cours d’eau sont des milieux spécialement enclins à l’installation des ambroisies. En effet, les semences de ces plantes peuvent flotter et être disséminées le long des cours d’eau. Le fonctionnement hydrologique (crues, inondations, instabilité du sol, etc.) crée perpétuellement de nouvelles niches écologiques propices à l’établissement des plantes pionnières comme l’ambroisie.

Règlementation

Pour limiter les apports directs de polluants, l’arrêté ministériel du 12 septembre 2006 relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytosanitaires interdit leur application sur les zones non traitées (ZNT) instaurées en bordure des cours d’eau. La largeur de ces zones est fonction du produit utilisé et varie entre 5m, 20m, 50m ou, le cas échéant, une largeur supérieure ou égale à 100m. Il est donc interdit d’utiliser des herbicides pour lutter contre l’ambroisie en bord de cours d’eau.
Attention également à la période d’intervention : les actions de gestion ne doivent pas entrainer la destruction et/ou le dérangement des oiseaux nicheurs des grèves (sternes naines et pierregarin, œdicnème criard, petit gravelot, etc.). Ceux-ci sont protégés au titre de l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection.

Gestion préventive

Pour repérer l’apparition de nouvelles zones colonisées, une veille coordonnée peut être mise en place (réseau des pêcheurs, riverains, syndicat de rivière, etc.). Plus le milieu envahi est détecté précocement, plus la gestion sera efficace. Dans le cadre de projets de génie écologique sur des chantiers à risques élevés, la végétalisation par des espèces autochtones (plantation de saules, couvert graminées, etc.) peut être une solution sur certains milieux pour concurrencer l’ambroisie.

Gestion curative

TECHNIQUESAVANTAGESINCONVÉNIENTSAPPLICATION/PRÉCAUTION
Arrachage manuel Technique la plus efficace pour un nettoyage complet - Utilisable pour des actions de communication (Journée de l’Ambroisie, etc.) Limitée à des surfaces réduites
Coût
Temps de travail
Pénibilité
Exposition au pollen
Port de protections.
Arracher avant la floraison pour une meilleure efficacité et pour éviter l’exposition au pollen.
Eco-pâturage Possibilité d’intervenir dans des milieux colonisés inaccessibles pour des machines. Utilisable pour des actions de communication. Risque de blessures des animaux aux pattes dans les galets - Technique non sélective : possibilité de prédation/piétinement d’espèces rares natives - Dérangement de l’avifaune. Ne pas mettre à pâturer les femelles gestantes, individus de moins 2 ans et individus en mauvais état sanitaire. Prévoir une complémentation alimentaire diversifiée.
Fauchage Possibilité d’intervenir à grande échelle sur de larges surfaces Accessibilité aux sites envahis réduite - Plusieurs passages sont nécessaires - Intervention d’engins mécanisés dans des zones écologiquement sensibles - Technique non sélective. Technique applicable sur berges anthropisées (plages, promenade, chemin de halage, etc.) - Port de masque si présence de pollen - Deux passages nécessaires : un juste avant pollinisation (fin aout) et l’autre avant grenaison (début octobre)

Qui intervient ?

Pour les cours d’eau domaniaux non loués ou concédés et leurs dépendances, c’est la personne publique propriétaire qui est amenée à gérer l’ambroisie.

Pour les cours d’eau non-domaniaux c’est le riverain qui est propriétaire des berges et du lit, jusqu’à la moitié du cours d’eau. Toutefois, les collectivités territoriales et leurs groupements ainsi que les syndicats mixtes peuvent se substituer au riverain dans le cadre d’une procédure administrative appelée déclaration d’intérêt général (DIG), définie à l’article L. 211-7 du code de l’environnement.

Cas des cultures en bord de cours d’eau soumis aux Bonnes Conditions Agro-Environnementales (BCAE)

L’article D615-46 du Code rural et de la pêche maritime impose aux agriculteurs qui disposent de terres agricoles localisées à moins de cinq mètres de la bordure d’un cours d’eau BCAE de conserver une bande tampon pérenne de cinq mètres minimum. Si de l’ambroisie est présente sur cette bande tampon, l’agriculteur ne peut ni appliquer de produits phytosanitaires, ni détruire la bande tampon.

Il est alors possible d’arracher manuellement l’ambroisie ou de pratiquer le fauchage. Ce dernier est autorisé sur les bandes tampon enherbées en tout temps et sur les bandes tampon en jachère en respectant les 40 jours consécutifs d’interdiction compris entre le 1er mai et le 15 juillet (arrêté BCAE du 24 avril 2015). La période d’interdiction est fixée par arrêté préfectoral dans chaque département.

Exemple de bonne pratique : L’éco-pâturage dans la Réserve naturelle nationale des Ramières du Val de Drôme

Certains bancs de galets de la rivière Drôme sont depuis longtemps colonisés par l’ambroisie. La réserve naturelle des Ramières, située sur le lit de ce cours d’eau, n’échappe pas à cette problématique.

Afin de limiter le développement et la floraison de l’ambroisie, la Communauté de Communes du Val de Drôme, gestionnaire de la réserve, a décidé d’engager une expérience de pâturage par les ovins.

L’expérience a été menée entre 2004 et 2012 dans le cadre d’un contrat NATURA 2000. Une zone non-pâturée délimitée par un grillage - visible en haut à droite sur la photo ci-dessous - permettait de mesurer l’efficacité du pâturage. Cette efficacité variait d’une année sur l’autre mais la production de pollen dans la zone accessible pour les moutons était toujours fortement diminuée - parfois jusqu’à 90% de fleurs détruites - par rapport à celle de la zone non pâturée. Les brebis n’ont pas eu d’incidence sur la bonne qualité de l’eau.

Ainsi, dans certaines situations (au sein d’espaces protégés, de réserves naturelles, parcs naturels, etc.), l’éco-pâturage peut être une bonne solution contre l’ambroisie. Sans viser l’éradication de la plante, cette technique permet tout de même de limiter les quantités de pollen relâché et l’invasion. En plus du service environnemental rendu par les animaux, l’éco-pâturage permet la sensibilisation du grand public grâce à son aspect social et pédagogique.

Sources d’information et outils :